Si je vous dis qu’en ce mois de mars, Doug Mc Leod était en Europe surtout pour faire visiter notre beau continent à sa belle et blonde amie et que Sherman Robertson a passé son repas d’avant concert à nous raconter sa grand mère qui parlait français, langue qu’il manie de façon typiquement louisianaise d’ailleurs. Bref, de tout ça peu vous chaut. Et pourtant, ce sont ces attitudes qui transpirent de leur musique, le beau, le vrai…
Non, Doug n’a pas fait un concert de touriste. Ce fut même le contraire. Rarement musicien aura été aussi présent. Sa guitare métallique a complètement rempli l’Eden. Et complètement rempli son audience. Un homme seul, qui joue un blues particulier, le sien. Et qui capte naturellement votre attention, sans jamais laisser de vide, qui vous porte de morceau en morceau, d’histoire en histoire jusqu’à la fin, jusqu’au rappel.
Et même après, sa guitare et sa voix résonnaient encore dans la salle. Et sûrement aussi dans nos cœurs. Il a su capter l’essence du blues et la diffuse autour de lui, vers l’autre. Un vieux disque de Buddy Guy s’appelle «A Man And The Blues», et c’est ça Doug Mc Leod, un homme, des hommes, et le blues.
Puis vint le tour du louisianais. Heureusement, Sherman avait retrouvé ses bagages égarés la semaine précédente par une compagnie aérienne.
Il arborait donc sa tenue de scène, une chemise à fleurs digne de l’Etat qui l’a vu naître. Il n’est pas seul, Sherman. ; les blues move l’accompagnent, que dis-je, ils le secondent. Un pétulant Julian Grudging aux claviers, le magnifique John Moloney à la basse et à la crinière blonde, et enfin Mike «métronome » Hellier à la batterie. Et n’allez pas croire que ces adjectifs soient des effets de style. Ces artistes les méritent amplement, et même peut-être au-delà. Pour leurs qualités individuelles autant que pour leur homogénéité : ne faire qu’un au service du blues. Au service de Sherman. Lui, l’homme des Bayous, qui aimait bien les caillettes que lui faisait sa grand-mère. Et presque, on en sentirait l’odeur à l’écouter. Du pur plaisir. On entre par la grande porte dans son monde musical, et on s’y sent bien. Un blues riche et vivant, un blues qui bouge et fait bouger. Une musique authentique qui vient du fond de la voix de Sherman, comme de son âme. Un «Guitar Man» sorti de l’enfer et un «Make It Rain» qui ferait, justement, couler les larmes. Pas de temps morts. Le blues tel qu’il doit être joué aujourd’hui, pour pouvoir entrer dans nos oreilles abîmées par tant de sons du commerce. Il a même la coquetterie de jouer sur de très belles guitares, faites pour lui par un luthier autrichien. En une soirée, deux facettes du blues, qu’on pourrait croire antagonistes, mais qui sont vraiment complémentaires. Ces deux musiciens savent d’où ils viennent. Ils ont intégré leurs origines à leur présent, et c’est ce qui leur permet de savoir où ils vont et où ils nous emmènent. Et nous, on veut bien y aller avec eux.