L’Italie est un pays de traditions. Je ne sais plus quel film, d’un réalisateur transalpin bien-sûr, se termine dans un cimetière, par une magnifique chanson, les acteurs dansant autour des tombes au son d’un accordéon. Justement, un accordéon il y en avait un. Et des italiens il y en avait 4, sur la scène de l’Eden l’autre soir. Alessandro Palle, batteur au style discret mais d’une présence énorme, Nicola Bruno, un bassiste qui joue aussi grave que sa basse. Et puis Roberto Bongianino le guitariste, ou plutôt l’accordéoniste. Pas de folklore chez lui, ni de musette, mais une réflexion sur la juste harmonie de son instrument avec les autres. Son piano à bretelles tient largement la place d’un clavier ou d’un harmonica, et Roberto y ajoute un supplément d’âme. Enfin, le maestro, Paolo Bonfanti. Un peu l’intello du blues italien.
Maître en sémiologie musicale (voyez votre dico) et amateur de guitares. Mais professionnel quand il en joue. Pas de frime, technique impeccable, répertoire moderne et très personnel. Paolo est un homme de goût. Immergé dans le blues, dans la musique depuis suffisamment longtemps pour avoir compris que le message c’est le groupe qui le fait passer et que ce que le public attend, c’est du plaisir. Et ce soir, Paolo ne l’a pas gardé pour lui, et le public lui en a été reconnaissant, qui en demandait encore.
La première partie italienne terminée, le second acte se prépare. L’Italie est une terre d’émigrants. Ca tombe bien, Ian Kent est venu avec ses Immigrants. Drôle de nom pour des français en France. Et puis drôles de façons aussi. Comme celles de Max Varez, le batteur, qui exhorte le public à danser sur les tables, et dans le plus simple appareil de surcroît . Sa façon de faire tourner les bras avant d’abattre ses baguettes sur les peaux est tout à fait aussi délirante que ses propos. Heureusement Sami Abès, son compère de la rythmique, en bon bassiste, sait garder les pieds sur terre, le tempo au bon endroit, et offrir la bonne mesure au guitariste Olivier Jargeais. Longs cheveux, attitude mesurée, un son sec et clair, contrastant avec la guitare sèche de son « leader ». Ian Kent lui, souriant et à l’aise dans son français à l’accent américain, tourne plutôt la voix vers la country et le folk que vers downtown Chicago.
Johnny Cash et the Band sont visiblement ses références ; comment lui en vouloir ?. Ses compositions, douces ou rythmées, plongent l’auditoire dans une écoute attentive plus que dans une danse effrénée, fût-ce sur les tables comme le réclamait le batteur. Pour le rappel, Ian sortit de son étui un bon vieux titre de Mudy Waters. Et c’est peut-être par là qu’il aurait du commencer.
Dehors il faisait froid, mais nous, bien au chaud dans l’Eden, on était bien à partager ces instants simples de musique comme on l’aime.