Quoi ? Caisse ? Des boites en bois sur la scène de l’Eden ? Des caisses qui font joli pour mettre les amplis ? Voilà un bonne idée, un peu de déco ne fera pas de mal. C’est un truc aux p’tits jeunes de Washing Machine Cie. P’tits jeunes c’est juste pour dire. Nouvelle génération serait plus juste. La nouvelle génération, donc, a envahi la scène de l’Eden, et elle s’en est plutôt bien portée, la scène.
Ils sont 5, les Washing, ce qui explique le Cie. Ils ne sont d’ailleurs pas trop de 5 pour la faire tourner cette machine à laver, toujours réglée sur le programme haute température. Le prélavage, c’est pour Damien, harmo et guitare. Si vous avez l’esprit un peu taché, il s’en chargera, aidé grandement en cela par son compère guitariste MC Bolby. Bien planqué derrière ses lunettes et son chapeau, un garçon sérieux ce MC, qui envoie riffs et envolées comme si de rien n’était. Discrétion aussi pour la brillante rythmique, toujours prête pour la tache qui résiste. Et puis bien sûr, j’ai réservé la partie adoucissant pour Amandine. Voix cajoline, c’est de rigueur, mais pleine de force et d’envie. Une charmeuse cette Amandine, qui sait vous emmener avec elle, et on y va volontiers, au pays où le linge est plus blanc, et surtout dans son essoreuse qui tourne et tourne… Car c’est plutôt ça leur musique, ça envoie ferme ! Blues rock, plus rock que blues, très personnel, énergie, envie de jouer, classe et professionnalisme. Voilà qui a séduit le public, étonné par cette nouvelle vague et content d’avoir respiré cet air frais qui venait du Jura.
Juste le temps de mettre le linge à sécher et de boire une bière, et les festivités reprennent. Cette fois, c’est les marais, les alligators et autres joyeusetés des bayous qui nous attendent. Pas tellement que nos potes de Mercy soient de là bas, non. Mais plutôt que Jean-Paul, maître de la slide s’il en est, a ramené de son dernier voyage au Etats Unis un chanteur harmoniciste assez atypique. Un peu fou même. Un gars d’Alabama, Billy C Farlow qu’il se nomme. Pour les anciens, Commander Cody ça doit leur souvenir. Pour les autres y’a youtube pour les renseigner. En tous cas, nos deux compères se sont lancés dans un projet dont ce spectacle n’est que la première partie. Et ce soir, c’était notre deuxième partie à nous.
Je pourrais, bien sûr, être dithyrambique sur le talent de Stéphane, le batteur, accessoirement fils de Jean-Paul, sur la justesse de ses interventions, et sur sa présence, bien qu’il fut caché derrière. Une jeune pousse prometteuse lui aussi. Et que dirais-je d’un Bruno fidèle à lui même qui, en plus de sa basse, dont il use avec grand art, s’est converti en manieur de chaînes pour un worksong – Bruno on t’adore. Et, troisième mousquetaire de Mercy, guitarman Jean-Paul, impeccable et sûr en accompagnement, en soutien de Billy, brillant et marécageux à souhait, comme il aime tant. Et surtout en parfaite harmonie. Osmose entre Mercy et Billy. Les choses n’arrivent pas par hasard, y’a du travail là dessous, et du bon.
Billy C Farlow a une voix, c’est sûr. Mais il ne s’en sert pas pour la faire admirer, plutôt pour faire sentir au public le goût, l’odeur de ce qu’il chante. La danse de l’alligator, ça n’est pas un concept avec Billy, c’est une réalité. Billy a un physique aussi. Et il en joue, soufflant dans son harmonica, penché au bord de la scène, comme pour appeler le public à le rejoindre. Simple et magique. Différent aussi.
Le zydeco ne pouvait pas être absent d’une telle fête et Patrick, l’accordéoniste, s’y est collé pour nous faire danser. Et puis aussi l’ami Christophe est venu ajouter son grain d’harmonica. Et puis Amandine est revenue chanter en duo avec Billy : l’alligator et la marguerite.
Deux heures de show, deux heures de musique comme on l’aime. Pour le prochain concert, Jean-Paul reprendra sa place parmi nous, derrière les manettes de sa sono. Mais on va le regretter.
Au fait, et ce linge, il est sec