La fin des mois de novembre est une période toujours mitigée, partagée qu’elle est entre le regret de la belle saison enfuie et le plaisir du vin nouveau qui s’annonce. Ce 26 novembre, nous autres nous l’attendions depuis longtemps. Depuis que nous savions que M. Jimmy Johnson nous ferait l’honneur de venir régaler nos oreilles. Nous n’étions visiblement pas les seuls à partager cette attente puisque, de mémoire d’oraisonnais, l’Eden a rarement été aussi plein ; pour un peu, on aurait installé un écran géant dans le jardin.
Le Chicago Blues Festival, année après année, perpétue sa tradition – entre le spectacle pur et la continuité d’une certaine forme de musique – et nous on aime bien cette tradition. 2 sets entrecoupés d’un entracte, pour 3 musiciens assurant la rythmique, et 3 vedettes.
Le «band» d’abord, avec un batteur, Melvin «Pookie» Carlisle, dans le droit fil des percussionnistes nouvelle génération : beaucoup de présence et de technique. Quand on lui a parlé de l’extraordinaire Willie Hayes, qui tenait les fûts l’an passé pour ce même festival, il a de suite porté la main à son cœur. Le rythme se porte bien à Chicago et évolue dans une atmosphère visiblement chaleureuse.
Le bassiste ensuite, Jessie « Slim » Cross, lui aussi très très bon technicien, très funky quand on le laisse faire, comme on l’a entendu à l’entame de la seconde partie ; et tout le monde a adoré.Chico Banks enfin, guitariste « rythmique » qui ne doit sa position en retrait qu’à la présence devant de M. Jimmy Johnson. En retrait dis-je, mais chacune de ses interventions a déclenché des salves d’applaudissements. La marque de sa pédale wah-wah ? Jimi Hendrix. C’est tout dire.
Et puis les stars. Eddie King, chapeau et costume blanc; l’ex guitariste de la divine Koko Taylor nous a gratifiés d’une ballade guitare en main dans la salle et d’un sublime « rock me baby », chuchoté à l’oreille du public attentif comme un enfant qui écouterait un conte. BB King a du se retourner dans son sommeil.
Mary Lane, superbe voix, a promené ses mélodies de long en large de la scène, avec une assurance et un plaisir qu’elle a su faire partager. Un répertoire classique, mais que c’est bon d’entendre ces standards réinterprétés avec tant de talent.
Et le meilleur pour la fin, Jimmy Johnson. Une voix unique, un son unique. Mais surtout un univers très personnel. Des morceaux comme on les attendait, « I’m a jockey » ou « Cold feeling », revêtus de sa griffe. Et une capacité à se mettre au service de Mary Lane, qui en dit long sur l’humilité qui habite ce guitariste. Comme d’autres grands, il donne l’impression à ceux qui l’écoutent de pouvoir approcher le ciel. Mais avec Jimmy Johnson, les étoiles n’ont jamais l’air inaccessibles. On peut presque les atteindre. C’est sans doute ce côté humain qui nous touche le plus.
Une grande soirée en quelque sorte ; et peut-être même que l’arrière-petit-fils dont Jimmy Johnson est si fier, en entendra parler, là bas, vers Chicago.