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La musique est un domaine plein de tiroirs. Le blues n’y fait pas exception. Le Delta, le Chicago, combien de tiroirs à ouvrir pour trouver la musique qu’on aime. La 37ème édition du Chicago Blues Festival qui a fait étape à Oraison ce 24 novembre nous a prouvé que ces différences, faites à priori, ne sont souvent qu’affaire de spécialistes. Trois « têtes d’affiche » pour cette soirée : Wayne Baker Brooks et son band, Donald Kinsey, et enfin Trudy Lynn. C’est Donald Kinsey qui a ouvert le bal. L’ancien guitariste des Wailers de Bob Marley a gardé le grain de folie de son époque rasta. Un tonitruant « Hochie coochie man » a installé ses auditeurs dans ce qui allait suivre.
Un jeu de guitare fluide et décidé, une voix expressive et une présence scénique qui fait penser qu’il est chez lui partout. Des solos délirants et inspirés, sans perdre pour autant le sens de l’humour. Pour tout dire, un guitariste qui joue pour le public autant que pour lui même, et ça n’est pas si fréquent ; un guitariste comme on les aime.
Trudy Lynn ensuite ; une voix magnifique au service de standards qu’elle faits siens, comme le très réaliste « every day I have the blues ». Un métier avéré, une joie palpable d’être sur scène et de plus, une femme qui ne fait pas l’âge qu’elle aurait, paraît-il… Wayne Baker Brooks enfin, digne fils de son père, guitariste plutôt orienté vers un blues au son urbain, une musique qui bouge. Et pour bouger, pas de problème, même le bain de foule ne lui fait pas peur. Et puis, quand il assène son « I don’t work like that », le public suit sans qu’on lui demande. C’est pas tous les jours qu’on fait la fête !
Pour parler franc, 3 artistes tels que ceux-ci , ensemble sur scène, c’est un régal pour tous. La comparaison entre Nick Byrd et tel ou tel autre guitariste n’est pas de mise. Le frangin Kinsey, Kenneth, à la basse, est aussi habité par la musique que son aîné, Goldworthy le pianiste est à l’unisson, et même si le jeu de Jerry Porter aurait pu être plus fin ce soir là, on ne peut parler de ces musiciens que comme d’un band. Peut-on faire plus grand compliment ? Le medley de fin, les 5 guitaristes assis en ligne sur des chaises, baladant les morceaux de l’un à l’autre avec des sourires complices, a subjugué les spectateurs debout devant les musiciens ; un de ces instants où la barrière entre l’acteur et le spectateur semble abolie. On pourrait créer un tiroir spécial pour un show comme celui du Chicago Blues Festival de cette année. Il pourrait s’appeler « blues plaisir ». Pourvu que l’édition de l’an prochain sorte de la même boite.

 

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