Ah ! J’allais oublier. Le 20 mai à l’Eden, y’a encore un concert. J’ai promis que j’irais. Je me suis engagé, donc j’y vais. Qui joue ce soir ? D’abord Expresso Blues Band. Quoi, des italiens ! Bon. J’vais causer un peu avec eux, et je m’aperçois que le seul italien au monde qui ne boive pas de café va tenir la guitare. Faut dire qu’il a fait un long séjour à Chicago. Y’a de quoi vous dégoûter du café, mais aussi vous imprégner de blues pour toujours. D’ailleurs c’est ce qu’il lui est arrivé. Bon, j’écoute Expresso Blues Band, je les regarde, et je dois avouer que ça me plaît.
D’abord le guitariste, Andréa Mignone, a bien retenu la leçon des maîtres chicagoans. Il égale même beaucoup d’entre eux. Ses copains, Marco Giaccardi à la basse et Gianpaolo Petrini le batteur sont à l’unisson d’une musique qui ne se ressemble qu’à elle même. Du blues, parfois classique, toujours de bon goût, qui flirte sur certains morceaux avec le jazz rock. Roberto Bella, le chanteur/animateur très latin, met tout son cœur à faire venir le public à lui, à eux. Tâche difficile qu’il mènera à bien grâce à une reprise de l’inoubliable «Don’t let me be missunderstood». Mais c’est déjà l’heure de la buvette. C’est ambiance vacances ce soir. En plus il fait chaud et il y a plein de monde. Ca marche bien leur truc à Eden District Blues.
La deuxième partie devrait tourner rond puisque 2 des «leaders» de Blues Conspiracy sont familiers de l’endroit et que le troisième s’invite de temps à autres à District Blues, l’émission sur Fréquence Mistral. Pas besoin de leur montrer le chemin, ils connaissent. Pas besoin non plus de leur montrer le chemin de nos cœurs, ils le trouvent tous seuls. Nico Wayne Toussaint d’abord, qui, comme d’habitude, électrise la salle par son jeu et sa présence. S’il s’adresse au public si souvent, c’est pour mieux ouvrir les oreilles et y déverser son blues incandescent. Puis il invite Alain «Leadfoot» Rivet, le chanteur, pour quelques morceaux. Alain souffle, lui aussi, dans un harmonica.
Mais c’est sa voix son vrai instrument. Il en joue comme d’un instrument à vent, comme d’un cuivre, montant et descendant les octaves sans jamais la forcer. Son timbre expressif et sa présence font penser, allez soyons fous, à Etta James ou Deitra Farr. Faut dire qu’on manque un peu de comparatifs masculins.
Et puis, et c’est dans l’ordre des choses, apparaît le fameux Neil Black, guitariste texan et vorace, marié depuis peu à une française, mais ça ne l’a pas calmé. Il a même réussi à glisser un bout de «who do you love» qui est sans doute son morceau fétiche, et en tout cas un morceau de choix.
Et puis c’est le feu d’artifice final, les 3 solistes ensembles, boostés par les 2 guitares de Stan Noubar Pacha et Patrice Boudot Lamot ; le premier, plus démonstratif et très très doué, le second plus dans l’ombre, mais tout aussi important, parfait lien avec la machine à rythme formée de Chris Melliès un bassiste qui ne fait pas de cinéma (jeu de mot) mais qui assure la circulation du blues comme le cœur celle du sang, et de Nikki Estor qui jouait pour la première fois avec Blues Conspiracy ce soir là. Et je peux vous dire que ça ne s’est pas vu.
Les rappels – La lumière se rallume – Les musiciens sont dans la salle et partagent cet instant rare qu’est la fin d’un concert. La conspiration du blues est arrivée à ses fins. Et c’est lui qui a gagné. Je me dis que j’ai bien fait de venir et je vois que je ne suis pas le seul. Bon, je reviendrai.