C’est ce qu’on se disait, nous autres à Eden District Blues, en ce mois de mars – mois des giboulées, mois des fous. C’est pas qu’on craignait la répétition, non. Mais on sentait que ce concert serait différent. Fred Chapellier, en première partie, a commencé par dérouler ses mélodies dans son style bien à lui. Un blues souvent en français, comme on l’aime, avec des paroles ciselées qui se fondent dans la musique comme si c’était de l’anglais ; et c’est là un peu de la magie de ce guitare-héro.
Déroulé disais-je jusqu’à une version de «The sky is crying» que même le ciel, qui avait réussi à se consoler des versions d’Elmore James et Stevie Ray Vaughn, s’est remis à pleurer, tout comme dans le morceau. Une intensité qui n’a plus baissé jusqu’à la fin. Bien entouré par Abder Benachour à la basse, Pat «baguettes d’argent» Machenaud à la batterie, et transcendé par le magnifique guitariste Lorenzo Sanchez, il nous a accordé quelques instants d’une grâce immense. Un blues classique et moderne à la fois, comme on avait envie d’en entendre.
Part II, le Chicago blues revue entre en scène. 5 personnages bien définis : Fred Brousse tout d’abord, guitariste qui accompagnait, entre-autre, Zora Young ici même, genre blues moderne et dynamique. Un guitare-héro lui aussi. Gaspard Ossikian, guitariste du même style, bon chanteur aussi. Viens ensuite vient Murphy Doss, le bassiste ; une vraie statue, immobile et impassible, un visage taillé à la serpe, dont les traits font immanquablement penser à Buddy Guy ou Muddy Waters…
Puis Donald Ray Johnson, le batteur : un batteur extraordinaire, mais surtout une voix réellement hors du commun, un grain que l’on ne rencontre que très rarement. Quand il chante, les étoiles se rapprochent pour écouter. B.J. Emery, le tromboniste, superbe chanteur et peut-être encore plus superbe compositeur, le côté funky. Maurice John Vaughn enfin, le patron : guitare, clavier et saxophone sont son apanage.
Ces 6 là nous ont concocté un concert de «1ère bourre » comme on dit. Blues de Chicago distillé par les guitares, soul à pleurer à travers la voix de D.R. Johnson, une inspiration jazz dans le sax de M.J. Vaughn, que tous auraient aimé voir se prolonger, et enfin les compositions soul/funk d’un B.J. Emery dont on s’étonne qu’il ne soit pas sur le devant de la scène commercialement, tant son talent est grand. Wouah, quelle soirée !
Le public a apprécié le bon côté des giboulées de mars, le bon côté du blues. Car cette musique peut-être prise par n’importe laquelle de ses nombreuses faces, il en résulte toujours du plaisir.