Qu’il est doux, un soir de printemps, d’aller de terrasse en terrasse, porter le message de la Nouvelle Orléans. Ici la patronne vous offre à boire, là les clients en redemandent. Les cuivres et les cordes des Red Pepper Sauce réveillent des sentiments enfouis pour une musique qu’on n’entend que trop rarement. Les badauds s’arrêtent, les autos ralentissent pour prendre un flyer distribué par un blues brother sur échasses. La vie est belle et étonnante au fond de la Provence.
Qu’il est doux, un soir de printemps, de profiter d’un barbecue entre amis, et d’écouter ce bon vieux jazz de la lointaine Louisiane en attendant les sons plus blues du concert qui vient. Et qui arrive.
The Vagabonds, c’est Julie, fière d’être née dans le New Jersey, entre la patrie de Bruce Springsteen et celle de Duke Ellington. Elle n’est pas très grande Julie, mais quand elle chante et joue de son saxophone, elle est immense ; sa voix et sa façon de vivre et de nous faire vivre sa musique la rendent étincelante. Et même si, sortant de scène, elle ne voulait pas qu’on la photographie, trop « junk » disait-elle, la scène la rend très belle. L’autre moitié des Vagabonds, c’est Mike. Il était déjà venu avec Bulldog Gravy, et il revient quand il veut, d’ailleurs ! New yorkais qui vit depuis 35 ans en France, il est resté profondément imprégné de sa culture américaine. Magnifique guitariste, que j’avoue adorer en acoustique, il est le parfait pendant de Julie. Chaque note qu’il joue est partagée avec ceux qui l’écoutent. Après le concert, il me confiera que les gens dansent toujours quand the Vagabonds jouent, et je peux dire que c’est vrai. Ce fut vrai aussi avec la seconde partie, qui a fait tourner ce concert en soirée dansante. Quand le public se lève et se met à danser, c’est signe que la musique est bonne et que les barrières sont tombées. C’est aussi pour ça qu’on aime la musique vivante.
La seconde partie a vraiment fait le poids. Mémo Gonzalez et ses Bluescasters. Mémo le texan, s’il était boxeur comme sur la pochette de son dernier cd, il serait dans la catégorie des super lourds. C’est vrai qu’il prend de la place sur scène. Mais surtout, il prend sa place. Il bouge juste ce qu’il faut, il a juste la voix qu’il faut pour ce qu’il chante, puissante, il a du coffre, juste et claire. Il est tout de noir vêtu, mais on ne voit que lui ; la lumière il l’attire. Et, à entendre ce qu’on comprend de ses discours entre les morceaux, il aime beaucoup les femmes. Au point d’en inviter une sur scène pour un slow langoureux. La chanceuse madame s’en souviendra sûrement. Blues il l’est, mais tendance blues énergique. Les Bluescasters, un ensemble soudé et homogène de musiciens qui aiment visiblement jouer ensemble. Le batteur, un allemand très sérieux au début, a fini en rigolant méchamment, pour notre plus grand plaisir ; Le guitariste, teuton lui aussi, nous a régalés de solos de très haute volée ; et une mention spéciale pour le bassiste, un turc au physique très respectable et au jeu très présent et particulièrement riche. Mémo et ses copains, c’est de la dynamite, ils le disent et c’est vrai. Pas de prise de tête pour savoir si c’est du blues du sud ou du nord, rien que de la musique pour les oreilles et pour le corps. Et ça fait vraiment du bien.
Un concert qui faisait le poids pour une putain de belle fin de saison ; les festivals de l’été ont intérêt à être à la hauteur.
The Vagabonds c’est : Julie Jersey voix et saxophone, Mike Green guitare et voix.
The Bluescasters c’est : Kai Strauss guitare, Erkan Ozdemir basse, Henk Punter batterie.