La Durance se fera, j’en suis sûr, une joie de fournir la pierre blanche qui marquera ce 11 mars 2006. Mars, mois des giboulées et mois des fous.
Des fous justement. Ils venaient en droite ligne de Toulouse, la ville rose, pour nous faire voir la vie en blues. Eux c’est AWEK. Pas awake, le mot anglais, mais «a wek», en occitan. Renseignement pris, ça veut dire «à fond». A donf quoi ! On les connaissait déjà sur leurs excellents CD, mais sur scène, on a compris pourquoi «a wek».
Le grimaçant, virevoltant et adorable guitariste-leader-compositeur et peut-être même cuisinier du groupe, Bernard Selam, a versé dans les oreilles de spectateurs séduits, une huile bouillante allant du blues au rock’n roll, en passant par le rythm’n blues. Et n’allez pas croire que le reste du band attendait que ça se passe. La rythmique, les excellents Joël Ferron basse et Olivier Trebel batterie, qui composent eux aussi, tient cette musique à bout de bras et lui permet d’exister. Mais elle laisse aussi des espaces libres pour le petit dernier, Stéphane Bertolino l’harmoniciste.
Stéphane dont on pourrait dire qu’il est à l’image de ce groupe : inspiré, sincère, efficace, vivant ! Vous l’avez sans doute compris, on a beaucoup aimé Awek ; mais ils ont, eux aussi, beaucoup aimé jouer pour nous. Et puis on a bu un verre en attendant la suite. La suite c’était Billy Jones, dont on avait entendu du bien, et surtout un très bon dernier CD. Des problèmes imprévus nous ont privés de la présence du pianiste et bassiste habituels de Billy, remplacés par Jan Mittendorp à la guitare, et Nico Heilijgers à la basse.Le batteur Boyd Small, américain pur jus, était bien là, lui. Impossible de le rater d’ailleurs, tant son jeu est présent, étonnant et brillant. Le jeu de ce musicien de l’ombre – les batteurs sont toujours un peu à l’écart des projecteurs – a attiré la lumière sur ses baguettes, et c’est justice. Mais celui sur qui les feux étaient tournés, c’était bien sûr Billy Jones.
Délibérément showman, avec un petit côté circus (peigne géant, immense téléphone, accessoires de clown), il nous a concocté une soirée chaude chaude. Tellement chaude qu ‘en sueur, il sortait une jolie culotte rouge pour s’éponger le front … Vous avez dit chaude ? Mais Billy Jones n’est pas que cirque et sexe. C’est avant tout un magnifique guitariste qui n’hésite pas à utiliser des artifices pour déformer sa voix ou le son de son instrument ; non pas pour cacher des manques, mais pour aller plus loin dans son expression. Vous êtes venus au spectacle ? Avec Billy Jones vous êtes gâtés. Et quand il joue avec ses dents ou la guitare dans le dos, c’est plus pour faire venir le public à lui que pour nous prouver sa dextérité.
Musicien très sensible et généreux, c’est dans son «love doctor» qu’il donnera sa pleine mesure : un blues fin et puissant qui se partage avec le public. Public qui justement aime ce partage et en a même demandé encore.
De Toulouse jusqu’en Arkansas, quel beau voyage. Des milliers de kilomètres, mais avec l’impression de toujours rester chez-soi. Sweet home Oraison…