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Vu d’ici, le canada est un pays froid. Il suffit d’entrer dans les maisons pour se réchauffer ; se réchauffer les doigts, mais sans doute aussi le cœur. En ce bel octobre bas alpin, des canadiens y’en avait, chez nous, à l’Eden. Ils y étaient un peu chez eux, le Saint-Laurent et la Durance, c’est de l’eau qui court pareil.
D’abord le duo. Elle, Dawn Tyler Watson, belle, solaire, une voix à faire tomber les étoiles et un sourire à faire fondre un glacier. Lui, Paul Deslauriers, une unique guitare mais, par moment, un grand orchestre à lui seul, percussions comprises, pour peu qu’on ferme les yeux. Le répertoire, juste ce qui leur va bien, des reprises et des compositions de Paul. Et une version du « ne me quitte pas » de Brel, que, je vous le jure, jamais je ne les quitterai. Y’avait bien 300 personnes qui pensaient comme moi et qui l’ont fait savoir.
Après un set d’une telle chaleur, Leadfoot Rivet et ses Bluesmaniacs se sont emparé de la scène. Alain, c’est le régional de l’étape : tourneur, musicien et ami de notre bande. Mais c’est le chanteur qui était là ce soir, un chanteur qui aurait eu sa place au milieu des années 70, parmi les soulmen « maudits ».C’est un titre de Bobby Charles, je crois, qui l’a trahi. En tous cas, au cours de sa longue vie, il a dû faire de la prison ; son interprétation à capella de ce chant de prisonniers ne laisse aucun doute : 3 minutes d’émotion pure.
Et puis Leadfoot a laissé la place à monsieur Amos Garrett. Amos, c’est un guitariste venu d’une autre planète. Il ne joue pas de la guitare, il joue avec sa guitare, en même temps qu’elle. Le son de sa 6 cordes est harmonieux, jamais agressif, même quand le morceau s’accélère. Amos n’a rien à prouver, il a déjà tout joué, mais à chaque fois, c’est nouveau pour lui, et pour ceux qui l’écoutent. Lee Dorsey ou Jimmy Reed, un goût sûr dans le répertoire et un plaisir infini d’entendre ces standards réinventés par Amos.
Enfin, un mot sur les Bluesmaniacs. Ils ont assuré derrière Leadfoot, et enchainé, pour ne pas dire qu’ils se sont déchainés, avec Amos. Patrice Boudot Lamot est un des meilleurs guitaristes français. Alors, quand il se met au service d’une fine lame comme Amos Garrett, le résultat est décoiffant. Vincent Daume le batteur, a dominé la situation et nous a régalés avec son jeu tout en subtilité. Christian Mellies à la basse, a dû écouter les soulmen pour avoir un aussi gros et aussi mélodieux son. Enfin, Slim Batteux, le maître des claviers, a fait honneur à sa grande réputation en nous gratifiant de belles envolées, quand il n’était pas, plus discret, au service du rythme.
Les beaux yeux de Dawn, le chapeau de Leadfoot et la guitare d’Amos, que rêver de plus pour préparer un hiver qu’on rêve de passer au coin du feu...

 

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