Encore une soirée d'enfer à l'Eden. Je suis sûr que si Adam et Eve, vivaient à Oraison, ils auraient leur carte d'adhérent à EDB. Sans rire, les anciens aimaient la musique, j'en suis sûr.
Un vendredi d'avril, en plus, un jour maigre où nous nous sommes repus de tant de riches nourritures. Spirituelles s'entend. Le repas a commencé avec Mannish boys, des toulousains. Pas de cassoulet blues, mais une musique épicée et pleine de goût. Mojo Bruno l'homme au chapeau noir, mène ce groupe d'une guitare de maître. Un phrasé convivial qui n'a pas échappé au public. Un blues comme on peut en entendre dans les clubs de Chicago, la cité des vents. Bien ancré au sol, dans le terroir allais-je dire. Celui du Michigan bien sûr. Comme la rythmique assurée par Jeff à la basse et Frank à la batterie. Avec en prime l'harmonica de Mickael, fougueux et flamboyant.
Et puis, le plat principal. Soul cette fois. Soul c'est l'esprit ; c'est l'expression de ce qui se trouve au fonds de soi, et en musique c'est pareil. Mais tout ça c'est du verbe. Et monsieur Howard Tate lui, il fait partie de ceux qui savent le conjuguer, le verbe. Son instrument, je veux dire sa voix, est à la hauteur de ce qu'il veut transmettre. Et c'est pour ça qu'il est là ; pour ce contact avec le public, préférant les salles comme la nôtre où il peut sentir sa présence, où il peut voir ceux qui sont venus pour l'entendre et partager cette soirée avec lui. Howard Tate est un des derniers artistes vivants des folles années 70. Mais le temps ne s'est pas arrêté pour lui. Bien sûr, et Seigneur merci, il nous a fait certains de ses grands succès comme « take it while you can », repris à l'époque par Janis Joplin.
Mais il a aussi fait monter la chair de poule en chantant « Luisiana », écrit par Randy Newman, qui parle des inondations en Louisiane au début de ce siècle, et de la réaction du président de l'époque, Coolidge, la transposant, bien sûr, en 2007, avec katrina et bush. Son guitariste, Gary Gold, un hollandais émigré aux USA, est une perle à la hauteur des meilleurs, avec en plus un sens de l'humour très prononcé. Aux claviers, l'homme de l'ombre de Howard Tate, compositeur, arrangeur et j'en passe, Steve Weisberg, qui se fond dans le groupe, et c'est là un grand compliment.
La basse de Tim Wager, ce qu'il faut quand il faut (il a retrouvé ses valises perdues dans le voyage, merci de vous en inquiéter). Et enfin Steve Grogen à la batterie, au jeu très fin et très classe, généreux sur son instrument comme dans la vie. De cette générosité contagieuse partagée par le public : 2 rappels, une salle debout devant la scène et qui danse. Un pur moment de bonheur. Et tous ces gens, pourtant habitués au soleil de Californie, ont adoré notre ciel, notre lumière et notre cité autant que nous avons adoré leur musique. C'est peut-être ça, aussi, qui nous a ouvert l'esprit, qui a fait entrer la soul music dans notre Eden ; pourvu qu'elle y reste. Certainement une des plus belles soirées que nous y ayons vécu.